* Jacques Place

« Le Passage du Temps »

Du 9 juillet au 21 août
tous les jours de 14h30 à 19 h
Château

Préface de Pierre Legendre :
Jacques Place

Pérénité
La rencontre banale et familière des oeuvres de Jacques Place crée des liens avec notre passé et fait surgir des impressions temporelles de déjà vu.Son profond attachement à sa vision pyrénéenne impose une présence qui enchante, enchaine, scelle son vécu de peintre et nous entraîne dans une participation esthétique et une jouissance particulière.

Aura pyrénéenne
« Unique apparition d’un lointain, si proche soit-il ». « Suivre du regard, un après-midi d’été, la ligne d’une chaine de montagne à l’horizon ou une branche qui jette son ombre sur lui, c’est pour l’homme qui repose, respirer l’aura de ces montagnes ou de cette branche ». Exemple vivant de ce que nous a laissé Walter Benjamin: notre artiste aurait-il croisé ce maître?
Avec Jacques Place, nous nous engageons dans la douceur et la respectabilité générale. Pas d’excès, ni surprise choquante. Nous sommes dans le sacré ordinaire et païen qui étale ses fastes naturels: en dessaisir l’image serait en détruire irrémédiablement l’aura au profit d’une trivialité d’apparence. L’aura est un trésor fragile qu’il faut savoir transmettre: une fois perdue, la sociabilité ne peut espérer son retour.

Paysage-portrait
Ainsi, Jacques Place ne craint-il pas de nous révéler dans son environnement, dans son habitus dirait Pierre Bourdieu, les sources de ses ritualisations formelles. Nous devons apprécier toute l’habileté de cette création artistique ou tout est lié. Les sujets de Jacques Place rejoignent son style unitaire. C’est par la séduction de techniques qu’il a découvertes et éprouvées, par l’extrème attention dans l’exécution des oeuvres proposées que le peintre y parvient.
Ne nous étonnons pas d’y trouver de célèbres sommets enneigés, des cours bondissants de torrents de haute montagne, des arbres tordus par les tempêtes d’hiver, des granges typiques du pays, des immeubles bien connus de sites touristiques: ils ont accompagné la vie de l’artiste depuis son enfance.
La fidèlité picturale au modèle figuratif trouve son argumentation profonde dans le respect du rituel sacré des lieux: ici, l’altération des formes fétichistes des croyances pyrénéennes ne saurait s’obtenir sans provoquer la fractalité redoutée de l’image, le désordre social et finalement la souffrance du statut d’artiste. Ainsi les modifications paysagères passent-elles innaperçues.

Mimésis retrouvée
Jacques Place, jeune, n’aimait pas ce qui était contemporain. Il ne gardait que « le côté intemporel de l’immédiat », dit-il. Il a souhaité atteindre la sentimentalité des « techniques de paysage à l’italienne ». Il y a réussi. Il a voulu aussi faire école dans son atelier-galerie « l’Atelier Renaissance ». Classiquement il découvre alors les problèmes de la diversité et des contradictions qu’apportent les arrangements de la création. On le voit jouer autour de cette identité intermittente en mêlant images d’éternité et images d’actualité. Pour atteindre ce changement temporel, il ne faut pas s’attendre à voir s’ouvrir l’aventure hors d’un réalisme naturel protecteur. Le don social de notre artiste est de savoir fixer ce moment de ravissement que provoque l’aura chez autrui.
Dans ses paysages, Jacques Place fait entrer des épaves de voitures aux couleurs altérées, des sizains en train de rouiller, de simples engins de chantier hors d’usage, de l’outillage agricole laissé à l’abandon dans des cours de fermettes et entrevus par un portail vétuste. Les modèles proposés sont d’une autre époque, aussi portent-ile les marques d’un vieillissement émouvant, d’un déclassement réel. Ils ont tellement servi qu’ils n’en peuvent plus. Là ils reposent visibles, complets et inutiles. Ce sont des objets anciens témoins du travail des hommes. L’artiste les transforme en images de statues et nous les donne dans une perspective postmoderne. Jacques Place ne se découvre-t-il pas ainsi dans le grand champ du Pop Art? Mais il est différent des autres. La forme de l’auto de Orosco nous étonne quand il rétrécie sa largeur. Arman nous choque quand il passe sa colère sur une superbe décapotable et la met en miettes. De même, il cherche à nous surprendre quand il nous offre une pile bien rangée de capots neufs livrés ainsi par Renault sur contrat.
Parmi les objets fétiches élus par les artistes, l’auto a été bien souvent désignée comme sujet du sacrifice. Jacques Place ne se joint pas au spectacle du massacre. Il préfère euphémiser l’image et voit « un symbolisme caché derrière les tôles ». Il ajoute simplement du temps au temps dans une peinture qui transcende tout: il crée ainsi une temporalité de l’infini en accord avec la nature. Parce que percevoir enfin les petits signes du quotidien, c’est pour chacun vivre la révélation du changement.

Ainsi les oeuvres que nous découvrons se parent-elles des marques d’authenticité du sujet et de leur attente de témoignages: tout ce qui caractérise un travail d’artiste et garantit son unicité.

Paris le 01 Juillet 2012
Pierre Legendre

Site de Jacque Place : http://jacques.place.free.fr

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